jeudi 24 octobre 2019

Je m'appelle Brigitte Vitale et je suis présidente de l'Association Aide Entreprise OSDEI



Je m'appelle Brigitte Vitale et je suis présidente de l'Association Aide Entreprise OSDEI que j'ai fondé il y a 10 ans.
Durant toutes ces années j'ai relaté la vie, où devrais-je dire la survie,  de cette population qui un jour a décidé d'entreprendre et a échoué, stigmatisée par de notre société judéo-chrétienne, si similaire sur ce plan de l'échec à nos lointains amis asiatiques: une lettre écarlate à vie, poussant jusqu'à se laisser cesser de vivre ou le suicide.
Je l'ai fait par le biais de ce blog, avant de tourner une grande page de notre aventure associative qui évolue en  portant ses adhérents vers une coopérative.
J'ai cru au départ, naïvement, que c'était le lot de quelques exceptions, pour me rendre compte au fil des années que nous parlions de 70% des entreprises ou professions indépendantes, de 97% de liquidations des entreprises qui connaissent des difficultés, et des 350 000 fermetures annuelles de celles qui évitent de justesse le tribunal.
Chaque jour depuis 10 ans, j'entends des témoignages de plus en plus nombreux et toujours aussi poignants, que l'on croit sortir de romans complotistes, et bien sur qui font écho à ma propre vie, comme prisonnière d'un jour sans fin.
Je vis mon histoire et celles des centaines et centaines d'autres.
Ainsi plus ces personnes se manifestent, plus je les dénombre par milliers, plus je m'aperçois qu'elles ne sont que des "fantômes" que personne ne veut entendre, connaitre, fréquenter, et encore moins véritablement aider.
Elles surgissent au travers de leurs blogs, de leurs profils sur leurs réseaux sociaux pour hurler leur douleur, certains n'hésitant plus à briser le mur du silence et filmer impudiquement cette souffrance.
Jusqu'à hier.
Un homme politique, rien de moins que notre Vice-Président de l'Assemblée Nationale, le député du Bas-Rhin Sylvain Waserman, a non seulement eu le courage d'ouvrir une commission d'étude après une première confrontation houleuse dans son bureau un certain 3 avril 2019, entre notre association et le CNAJMJ, (auquel on ne peut imputer cette hécatombe mais qui n'en demeure pas moins le véritable couperet qui achève les entrepreneurs), sur les causes de ces souffrances, mais a tenu, lors d'une conférence unique en France tenue le 10 avril à Strasbourg,  à rencontrer ces fantômes qui errent, parfois depuis 40, 30, 20, 10 ou 5 ans, de tribunaux en tribunaux, de services sociaux en services sociaux et d’innombrables bureaux en bureaux.
Des décennies plus tard, nous ne sommes plus
·         des entrepreneurs,
·         des professions libérales,
·         des commerçants,
·         des agriculteurs,
·         des artisans,
·         des travailleurs indépendants,
nous n'existons plus.

Nous sommes les discriminés économiques d'abord et socio-professionnels ensuite, à la fois purs produits d'un système anti-patrons, produisant du chômage en masse, des malades à la charge des actifs, et victimes de ce même système incapable d'apporter les nécessaires réformes.
Ce que je dis là, c'est ce que l'on peut lire partout si on creuse un peu ce sujet.
Cela reste encore politiquement correct.
Ce que l'on sait moins, même pour ceux qui creusent, c'est l'étendue du désastre et les conséquences à court terme et long terme sur notre économie et plus gravement , notre humanité.
Tous ont été réduits au silence par la mort ou par la longue maladie.
Quelques survivants, des résilients, sont arrivés jusqu'à nous à travers les décennies avec des récits dignes de films d’horreur.
La plupart sont morts. Voilà ce qui est tu et qui ne devra jamais se savoir: la mort pour causes économiques, sans doute le premier fléau mondial.
TOUS , ABSOLUMENT TOUS ces survivants, sont atteints ( au moins) d'un mal commun ( la plus grande découverte de ma part au travers cette association) :
LE STRESS OU LE SYNDROME POST TRAUMATIQUE... JUDICIAIRE
(que j'ai baptisé ESPTJ)
documenté par autant de médecins que d'adhérents.
Les curieux silencieux pourront trouver des témoignages en profusion, chacun libérant sa souffrance en l'exprimant publiquement.
Mais que disent-ils? Ils parlent d'injustice, d'abus, de corruption, dénoncent un système, une justice en faillite...ils croient parler d'eux, mais ils ne le font pas.
Pas tout à fait.
Ils n'osent pas encore franchir ce dernier pas : mettre leur âme à nu, même s'il est facile de lire entre les lignes.
Alors, en ce jour de mes 52 ans, le don que j'attends de ceux qui veulent me souhaiter une année de plus, c'est qu'on m'aide à rendre hommage à chacune de ces personnes et je vais vous parler d'elles : les victimes du génocide entrepreneurial, du processus de clochardisation européen que plus rien semble pouvoir arrêter; les puissants de ce monde tuent l'économie humaniste qui devrait mettre l'humain au centre de ses raisonnements et processus, nous servent la "globalisation financière" ( marchés de capitaux) qui fait de l'humain son esclave ( détruisant la planète au passage, mais c'est un détail, je laisse Greta en parler mieux que moi) et soit nous endorment au travers de distractions débilitantes, soient arrivent à nous convaincre qu'ils poursuivent notre bien... 

Il y a 3 ans j'ai reçu des menaces d'assignation pour diffamation lorsque je m'étais interrogée publiquement si l'on pouvait parler de "génocide" concernant les entrepreneurs, ceux qui sont à l'origine de notre véritable économie, celle de terrain, des emplois et des richesses,  et non celle, virtuelle et déshumanisée, assassine, des marchés financiers.
Un certain J-D B., avait considéré que comparer la souffrance et la mort  des entrepreneurs à une extermination de masse programmée d'une catégorie d'individus était une insulte à ces catégories.
A l'époque, je posais simplement cette question lors d'une table ronde parisienne sur l'affirmation d'un certain Henri Dumas.
Aujourd'hui j'ai cette réponse.
Si l'on s'en tient strictement à la définition de ce terme, soit
" Destruction méthodique d'un groupe humain" 
Ma réponse est OUI.
Peut-on envisager de dénoncer un jour un crime contre l'humanité, si nos états ne feront rien pour stopper ce massacre de vies humaines?
Ma réponse est OUI.
Génocide : Crime contre l'humanité tendant à la destruction totale ou partielle d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux ; sont qualifiés de génocide les atteintes volontaires à la vie, à l'intégrité physique ou psychique, la soumission à des conditions d'existence mettant en péril la vie du groupe, les entraves aux naissances et les transferts forcés d'enfants qui visent à un tel but.
Mes dix années sur le terrain m'ont permis d'écouter d'une part  les victimes, car il s'agit bien de victimes, même si tous les entrepreneurs ne sont pas des "enfants de coeur" et plus récemment, tous ceux qui sont considérés les responsables. Mais la question de la moralité des entrepreneurs comme cause de leur perte , bien que par mille moyens mes interlocuteurs et adversaires, tentent de m'y amener pour se disculper, n'est pas le sujet.
C'est comme si l'on vous racontait qu'au automobiliste, certes coupable d'excès de vitesse, était condamné à perpétuité car responsable de la conduite de son véhicule.
Pourtant c'est ce qui arrive à un entrepreneur en échec. Aurait-il fraudé, mérite-t-il la perpétuité ou la mort?
Leurs suicides et leurs morts par maladies, ne sont pas leurs choix délibérés, contrairement aux idées reçues et j'y reviendrai.
Ma découverte formidable, qui rend ce sujet insupportable, c'est que nous sommes TOUS coupables ou responsables.
Du premier au dernier.
De la création d'entreprise à sa mort, sa "liquidation", qui se traduit souvent en la "liquidation" d'abord de TOUS les biens patrimoniaux et extra patrimoniaux du "liquidé", jusqu'à la "liquidation" de l’intéressé lui-même quand ce n'est pas celle de sa famille.
Tous se disculpent et tous participent à une véritable purge. Y compris la victime elle-même, au temps où non concernée, convaincue comme le sont ceux qui se lancent dans l'entreprise, "que cela n'arrivait qu'aux autres" et "qu'il n'y a pas de fumée sans feu"....Sauf que la fumée est celle de leur corps que l'on brule quand immanquablement viendra leur tour.
Comment ne pas faire cette analogie avec d'autres exterminations où se disculpera d'avoir participé à une purge, le simple soldat qui ouvre et ferme la porte d 'un wagon? ou celui qui inscrit un nom sur une liste?
Un système de déresponsabilisation de toute la chaine permet à tout à chacun de mettre ses confortables œillères qui porteront d'autres en enfer...
Interrogés, voilà ce qui m'est raconté:
·         La taxation honteuse des entreprises en France et celle du travail en général. Nous pourrions arriver à une réduction de plus de 20% non seulement sans conséquences, mais qui garantirait la pérennisation des entreprises dixit un haut fonctionnaire. Aucun gouvernement ne répond de sa politique économique.
·         Pôle emploi pousse vers la création d’entreprise pour des raisons statistiques et politiques. Les chômeurs de type A, B et cie...ne sont plus comptabilisés de la même façon. Les fonctionnaires ont des consignes. Ils ne répondront jamais de leurs accompagnements.
·         Les organismes de création, y compris les CCI ou CM,  savent que les entrepreneurs ne sont pas préparés, mais elles reçoivent des deniers pour dire le contraire. Ils de répondront jamais des montages utopiques , irréels , de leurs business plan en copié collé.
·         Les banques le savent, elles demandent des hypothèques personnelles, indifférentes au sort de l'humain à qui elles pendront les biens personnels. Privés de tout pouvoir décisionnel, les "conseillers" ne répondront jamais de leurs contrats de prêts qui frôlent le soutien abusif et ce ces prises d'hypothèques sur le logement principal.
·         Les organismes sociaux, qui pour des sommes parfois ridiculement dérisoires enclenchent le processus de mort certaine ( 80% des liquidations sont demandés par les organismes sociaux). Les fonctionnaires ou assimilés, ne répondent jamais de rien de tout...
·         Les experts-comptables, les avocats, les notaires,  les conseillers en général, tous ordres confondus...combien ne répondront JAMAIS de leurs erreurs, abus, incompétence, collusion...?
·         In fine, les tribunaux de commerce ou de première instance...soit disant garantissant à travers les procédures collectives ( sauvegarde, redressement et liquidation ) une protection de l'entrepreneur, et qui se révèlent être une solution sur tout ...finale! J'ai entendu des discours interminable..mais qui va répondre de 97% de faillites? des longueurs interminables de procédures? de leur manque de transparence?  de l'absence de comptes transparents?  des patrimoines qui se chiffrent en milliards qui disparaissent dans des procédures alambiquées dont en bénéficient que les affairistes de faillites, mais jamais ni le débiteur ni ses créanciers?


PERSONNE NE RÉPONDRA DE CE VOYAGE EN ENFER
Je veux vous dire, et je veux qu'un plus grand nombre sache,  ce que j'entends chaque jour dans la retenue, la honte, la cupabilité, la détresse, l'angoisse, l'envie de disparaitre....
Vvoilà exactement les mots qui sont chaque jour prononcés :
La libération venait trop tard, nous avions le sentiment d’avoir perdu toute humanité et toute envie de vivre.

Nous, les rares rescapés, nous n’avions plus de famille, plus de parents, plus de foyer. Seuls, nous l’étions, d’autant plus que ce que nous avions vécu, personne ne voulait le savoir. Ce que nous avions vu, personne ne voulait l’entendre. Ce que nous avions à raconter, personne ne voulait en partager le fardeau. Nous ne devions pas vivre : la suprématie nazie était tellement écrasante que nous avions intériorisé jusqu’à l’inéluctabilité de notre condamnation à mort. Nous, les rescapés, nous, les témoins, ­n’avions survécu que pour être rendus au silence. “Qu’ils vivent, soit, mais qu’ils se taisent”, semblait nous dire le monde hors du camp."
Simone Veil - 200
Aujourd'hui, demain,  je ne veux pas, je n'autorise pas, que l'on vienne chez moi me présenter des voeux de circonstance, se soulager la conscience, entretenir artificiellement une relation de type "utile"....
Je désire qu'à travers le respect de ma personne, de mon vécu, toutes les personnes dont les hurlements de douleurs sont imperceptibles à vos oreilles, soient entendues et respectées.
J'invite ces personnes qui souffrent , si elles l'osent, à se manifester.
Et je m'engage, à ne pas permettre que le monde politique, économique ou judiciaire, nous etendent, pour nous rendre, ensuite, nous aussi, au silence.
Courage ­civique, tolérance, respect de l’autre [....]Ce sont elles qui, dans les cœurs et les ­esprits, dans les gestes et les actes de quelques-uns, ont sauvé ­l’honneur quand des nations entières sombraient."
Simone Veil
Il est temps de paix et non de guerre.
La guerre appartient aux faibles.
Nous refusons la faiblesse.
Il est temps d'accepter nos souffrances qui font de nous des victimes conscientes de leurs traumatismes, oui, mais qui ne nous victimisent pas.
Il est temps de raconter au monde nos souffrances  sans haine ni colère, mais avec force et dignité.
Nous ne nous excuserons pas pour notre naïveté et ambition, et si nous avons fauté, nous exigeons des peines adéquates et que les responsabilités soient également partagées, car à l’entrepreneuriat, nous n'y sommes pas arrivés seuls.
Ni à l'échec.
Il est temps de faire accepter à ce même monde nos souffrances,
afin de négocier la paix.
Nous ne deviendrons pas demain les amis de nos adversaires, des corrompus, des lâches et des menteurs, 
Mais nous leur montrerons notre supériorité, car nous sortirons de cet enfer,
plus forts, plus dignes, plus loyaux, qu'ils ne le seront jamais  et nous serons un exemple pour le futur,  comme  reconstruction de soi à travers l'autre, avec en tête 3 mots...

COURAGE
PERSEVERANCE
SOLIDARITÉ




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